| IDENTIFIER UN PARTENAIRE
ET ENGAGER UNE DEMARCHE DE COOPERATION DECENTRALISEE |
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18 novembre 1998
Fiche méthodologique à destination des organisations
de Rhône-Alpes qui souhaitent nouer ou renforcer des relations
de coopération et de partenariat avec des organisations des
pays en développement ou en transition économique.
- Collectivités locales
- Associations et organisations non gouvernementales
- Secteur privé (entreprises, etc.)
- Organisations socioprofessionnelles (établissements
consulaires, agences d'urbanisme, etc.)
- Organismes de formation (universités, formation professionnelle
et continue)
- Hôpitaux, écoles, lycée, organismes socioculturels,
etc.
Ce document a été réalisé par RESACOOP.
Il reprend les éléments discutés au cours de
la réunion organisée le 18 novembre 1998
sur le thème "engager ou renforcer une démarche
de coopération". Il peut être utilisé
comme outils de réflexion et d'aide à la décision.
La conception, l'organisation et la gestion dans le temps de
relations de coopération nécessitent une approche
rigoureuse. Pour construire ces relations sur des bases solides,
il convient de leur donner une assise plus large que les gestes
de générosité spontanée. Pour cela
quelques questions essentielles sont à traiter.
1. Pourquoi vouloir engager une relation
dans la durée avec un acteur, public ou privé, d'un
pays en développement ou d'un pays de l'Est ?
La première étape porte sur l'identification des
motivations qu'elles soient d'ordre "émotives" ou rationnelles.
(Par exemple pourquoi la commune envisage-t-elle d'élaborer
un projet de jumelage ? Pourquoi répondre positivement
à un envoi de matériel pour un hôpital ?)
Identifier ces motivations permet ensuite de les classer, de les
rationaliser, de construire pour soi même et vis à
vis des tiers une argumentation. Ces motivations servent également
de fil conducteur pour l'organisation des relations, notamment
si ultérieurement des difficultés surgissent.
L'élément déclencheur d'une action de coopération
est souvent le même :

2. Avec quelle zone du monde souhaite-t-on
nouer des relations ?
Objet : déterminer des critères de
choix d'une zone.
La similitude de situation géographique et la taille démographique
sont souvent les deux critères privilégiés,
voire exclusifs, pour déterminer le choix d'un partenaire
(ex : l'acteur français étant installé
dans une zone de montagne, son choix se portera sur un partenariat
avec une zone de montagne). De multiples autres critères
sont cependant à considérer (en les retenant de
façon positive ou négative) tels que :
- zone ou organisation ayant des liens historiques avec la France,
- zone faisant partie des pays prioritaires pour la coopération
bilatérale française,
- zone où sont déjà présents d'autres
acteurs de coopération, zone ou actions vers laquelle
il est possible d'entraîner d'autres partenaires européens,
- zone connaissant une très grande précarité
alimentaire, économique, institutionnelle…
- organisme agissant dans un domaine technique spécifique
ou au contraire apte à promouvoir une dynamique multisectorielle
(dite de développement local),
- zone en forte mutation sociale et économique,
- zone d'origine de migrants installés dans la commune
française,
- zone relevant d'un pays connaissant un réel démarrage
économique,…
On peut également retenir le critère de la démocratie.
Celui-ci renvoie inévitablement à la question de
la vision que l'on a de cette notion. Cherche-t-on à renforcer
la démocratie là où l'on s'engage, ou pose-t-on
en préalable à l'action, un fonctionnement des institutions
similaire au nôtre.
Cette question renvoie également à la relation aux
autorités publiques locales. On peut choisir de travailler
avec elles ou contre elles mais on ne peut aujourd'hui les ignorer.
Dans le contexte actuel de la décentralisation l'avis des
collectivités locales émergentes est requis, des
concertations sont engagées avec elles. En ce qui concerne
les collectivités locales françaises, obligation
leur est faite, pour s'inscrire dans le cadre légal de
1992, de nouer une relation de partenariat avec leurs homologues.
Cette évolution des pratiques rencontre une limite dans
le cas où l'on s'engage en faveur d'associations locales
luttant pour les droits de l'homme.
Cette série d'interrogations ne doit pas occulter des
questions apparemment banales mais chargées en réalité
d'un grand poids. Est-on prêt à surmonter le handicap :
Il ne s'agit bien évidemment pas de préjuger de
la valeur de tel ou tel critère mais de les mettre en débat
afin de nouer une relation en toute connaissance de cause.
Une seule règle s'impose absolument dans le choix d'un
partenaire : il importe, pour la pérennité des actions
engagées, de contractualiser avec une structure et jamais
avec une personne individuelle.
3. Sur quelles bases engager les relations
de coopération ?
Objet : passer du cahier de doléances à une
relation "partenariale"
Les demandes qui arrivent du Sud et parfois de l'Est tiennent
souvent plus du cahier de doléances que d'une relation
partenariale. Cette difficulté sera redondante si la relation
est fondée d'abord sur une demande financière du
Sud (ou de l'Est) et une solidarité de compassion au Nord.
Qu'elles soient à base sociale, technique ou animée
par des institutions politiques locales, les relations sont à
nourrir à partir d'un positionnement explicite, qui doit
être connu sans ambiguïté par les partenaires.
- Quelle approche de la solidarité internationale veut-on
mettre en œuvre (actions vers les plus pauvres, appuis à
l'organisation de la société civile, apports de
financements…), quelle approche de la solidarité internationale
attend-on du partenaire éventuel ?
- Comment conçoit-on le partenariat ? Libre disposition
par le partenaire du Sud ou de l'Est d'éventuelles ressources
financières nouvelles ou au contraire négociation
de leur affectation ? Accord entre les partenaires non
seulement sur des objectifs d'actions mais aussi sur la méthode
de travail à mettre en œuvre, participation des populations
par exemple ? Qu'attendre d'une réciprocité
toujours difficile à imaginer ? …
- Lorsque les appuis visent le soutien d'une dynamique locale,
quel contenu donner à cette notion ? L'appui apporté
pour le développement est-il envisagé comme un
appui à une politique d'aménagement de l'espace
local, comme un soutien à des dynamiques sociales, comme
une incitation à la mobilisation des ressources humaines,
financières, techniques… ?

4. Fonder les relations sur des perspectives partagées
Objet : passer du transfert de ressources à des perspectives
partagées.
La tendance "naturelle" de la coopération est d'organiser
un transfert de ressources humaines, de techniques et de financement
du Nord vers le Sud ou l'Est. Nier cet état de fait et
penser que ce flux peut être rééquilibré
par un flux égal mais de sens inverse est illusion. Toutefois,
il est possible d'organiser les relations autour de perspectives
partagées.
Construire les relations sur une connaissance mutuelle approfondie
(en général, seul l'acteur du Sud ou de l'Est informe
sur sa situation économique, sociale, financière…).
Le mouvement réciproque est une condition de transparence
et renvoi à la question : qu'est-ce que l'acteur français
veut dire de lui-même ? Il ne s'agit pas pour cela
de dresser une monographie de sa propre situation, de réaliser
un état de "ses" lieux afin de dénombrer tous "ses
savoir-faire" disponibles… mais de présenter la finalité
de son organisation, son but, et aussi ses évolutions,
les obstacles qu'elle a à surmonter, ses limites, voire
ses tensions internes. Il importe notamment de transmettre quelques
informations essentielles sur les points suivants :
- qui l'on est (une association, une collectivité locale)
- ce que l'on veut faire et pourquoi (ce qui nous incite à
agir)
- ce que l'on peut faire : en terme de capacités légales,
techniques et financières
quelles sont les limites que l'on rencontre
- quelle est l'origine des financements dont on dispose pour
conduire des actions (subventions, impôts, dons, fonds
personnels, produits de manifestations, etc)
- quels sont nos principes (droits de l'homme, égalité
hommes/femmes, participations financières du partenaire
dans l'action, etc.)
- …
Parfois il arrive aux structures françaises d'accueillir
leurs homologues : s'il est naturel de présenter son
pays sous son meilleur jour il est indispensable d'évoquer
également les problèmes, les difficultés,
afin de donner une image la plus proche possible de la réalité
quotidienne. Il convient que les partenaires auprès desquels
on s'engage soient conscients de nos capacités et a fortiori
de nos limites.
Construire la relation de coopération autour d'une
problématique commune, qui existe chez les deux partenaires
potentiels. C'est à partir de cette problématique
commune que peuvent se dégager des pistes de travail. Il
peut s'agir par exemple pour un département de la réduction
du poids de l'agriculture au profit du tourisme, de la tertiarisation
des activités économiques ou présence d'une
importante population scolaire pour une commune, de la méthode
de mise en place de services aux artisans pour une chambre de
métiers… La ville de Saint-Etienne a ainsi valorisé
auprès de ses partenaires des pays de l'Est ses compétences
en matière de reconversion industrielle. Le département
de la Savoie s'est engagé à Bignona au Sénégal
autour des questions communes de déclin de l'agriculture
au profit du tourisme. Le commune de Coux en Ardèche recherche
actuellement un partenaire intéressée par la valorisation
de l'artisanat traditionnel.
Plus la problématique commune sera solide, plus la
capacité de mobilisation pour l'organisation française
sera grande.

5. Quelles compétences mettre en jeu
(économiques, culturelles…) ?
Objet : prendre en compte la complexité des demandes
Pour des raisons de transparence des actions, il est souvent demandé
aux organisations du Sud de formuler des demandes d'appuis précises,
techniquement identifiables. Cette légitime exigence ne
doit pas occulter que, aussi précises soient-elles, les
demandes d'appui nécessitent souvent des traitements complexes
et que leur satisfaction a un impact sur l'organisation sociale
et économique locale (c'est même là leur objet
essentiel). La réponse technique ou financière ne
saurait souvent être la seule et le concours d'opérateurs
variés est souvent à solliciter.
Il s'agit donc non seulement d'identifier les compétences techniques disponibles mais aussi de construire des espaces de coopération où pourront s'associer les différents types d'opérateurs qui devront
être sollicités (Se référer sur ce point au compte-rendu de la réunion RESACOOP d'octobre 1996, sur le thème "Les programmes d'actions
concertées : la cas de la coopération Chambéry-Ouahigouya").
Il convient également de vérifier que la réponse
que l'on apporte à une demande ne crée pas de situation
explosive : creuser des puits peut désorganiser le
marché local de l'approvisionnement en eau et léser
ainsi certains groupes sociaux.
Il est important au préalable d'identifier les conséquences
des actions engagées : par exemple, la création
d'une école primaire dans un village pose à moyen
terme la question des débouchés pour les élèves.
Sans prétendre pouvoir tout contrôler, poser la question
au démarrage de l'action permet d'anticiper sur les problèmes
qui peuvent surgir, et de prévoir des solutions à
mettre en place.
6. Qui solliciter pour participer aux actions
envisagées ?
Objet : identifier les différents acteurs
à solliciter.
Les relations de coopération impliquent un nombre plus
ou moins important d'acteurs différents : associations,
écoles, clubs de sport, entreprises, unités de santé,
collectivités territoriales…
La phase préparatoire à l'ouverture de relations
doit permettre de déterminer quels sont les opérateurs
qui peuvent s'impliquer dans l'organisation et la réalisation
des actions.
Si un accord unanime n'est pas nécessaire entre tous ces
acteurs, il convient qu'ils partagent tous une lecture commune
de la coopération (Pour cela, il peut être opportun
de les associer à la détermination de la zone ou
des équipes partenaires).
7. Réfléchir aux impacts,
appui à la démocratisation
Objet : qui tire profit de la relation ?
Sauf à la maintenir dans la confidentialité, la
coopération entre instances françaises et instances
du Sud ou de l'Est a des impacts chez les différents partenaires.
- en France, quelles retombées sont attendues ? Comment
va-t-elle être valorisée ?
- Au Sud ou à l'Est, veut-on l'inscrire dans le cadre
des politiques de développement (ce qui dans la plupart
des cas est à faire) ? Veut-on aider à couvrir
des prestations non assurées en raison de la faiblesse
de l'Etat ? Veut-on au contraire renforcer des compétences
attribuées aux collectivités locales ou relevant
d'acteurs collectifs privés ou semi-publics ?
Réfléchir aux impacts appelle que des informations
soient recherchées sur le contexte général
dans lequel va s'inscrire la coopération - Dans la
plupart des cas, ces informations sont accessibles : ambassade
du pays en France, ambassade française sur place, travaux
universitaires (mémoires d'étudiants, thèses…),
autres coopérations, site Internet…).
8. Associer des regards extérieurs
Objet : avec qui travailler hors des acteurs proches ?
L'appui d'un regard distancé et compétent est souvent
un facteur de sécurisation pour engager des relations.
La consultation d'autres acteurs ou d'une équipe spécialisée
dans la coopération constitue un atout.
9. Montage institutionnel lorsqu'une collectivité
locale est partie prenante de la relation
Objet : détermination du dispositif ici
et sur place
Pour faire vivre le jumelage,
faut-il créer une association spéciale ? Si
une réponse positive est apportée :
- Quelle constitution ? Quelle conséquence pour la collectivité ?
- Quelles subventions possibles ? En France, Europe…
- La collectivité est engagée dans une relation,
elle peut la conduire. Le jumelage-coopération suppose
une forte implication de la collectivité territoriale
par le canal des élus, des services techniques de la
mairie… La collectivité organise la concertation sur
son territoire. Elle peut mettre pour cela en place une association.
Cette association peut être à l'image de l'ensemble
des réalités de la commune (social, économique,
culturel, environnement, santé, éducation, solidarité,
tourisme, agriculture) et réunir aussi d'autres acteurs
comme les organisations socioprofessionnelles. Pour être
retenues, les actions programmées doivent recevoir l'accord
de la mairie.
- Une commune peut déléguer à un maître
d'ouvrage délégué, c'est à dire
une organisation compétente (association, entreprise…)
une action qu'elle ne souhaite pas ou ne peut pas réaliser
elle-même sur le terrain.
- La collectivité peut participer à des actions
faisant appel au concours de plusieurs opérateurs agissant
à parité de responsabilité. Dans ce cas,
la commune peut soutenir une ou plusieurs de ces actions ainsi
que favoriser leur cohérence.
- La coopération la plus exigeante mais aussi la plus
vivante est celle qui rentre dans le cadre d'un projet de développement
local ici en France et là-bas dans un pays en développement
ou de l'Est.

Eléments complémentaires
- L'investigation initiale ne conduit pas nécessairement
à l'engagement d'une relation. Elle a pour objet de déterminer
si la relation envisagée est viable.
- L'engagement d'une relation de coopération se fait
souvent à partir d'une approche affective (connaissance
d'un ressortissant du village demandeur, voyage touristique,
visite de parents à leur fils coopérant…). Si
ce facteur déclencheur est fréquent, il ne doit
pas occulter que pour devenir pérenne, il est nécessaire
que la relation de coopération soit portée par
plusieurs personnes et que son contenu soit en harmonie avec
la situation de l'opérateur français.
- Les relations de coopération sont aussi une rencontre
avec des personnes issues d'une culture différente. Quel
regard (autre que folklorique) est porté sur les valeurs,
croyances et normes des partenaires ? Les difficultés
consécutives aux différences de niveau de développement
économique et aux références culturelles
sont inéluctables ; c'est parce que chaque partenaire
est préparé à les affronter, qu'elles peuvent
être surmontées.
Fiches techniques réalisées par RESACOOP, utiles
pour la démarche.
Fiche
technique n°1 : La définition française de la
coopération décentralisée.
Fiche technique
n°2 : La définition européenne de la coopération
décentralisée.
Fiche technique n°3 : Procédures
de mise en place d'un jumelage.
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