Kosovo : Gérer l'après-conflit

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Constats et Recommandations pour une meilleure coopération avec les Balkans

Cette partie se base sur les débats qui ont eu lieu lors de la réunion organisée par RESACOOP dans les locaux du Conseil régional de Rhône-Alpes le 12 juillet 1999.

1. Une solidarité généreuse mais souvent inadaptée

A l'instar de ce qui s'était fait en Bosnie, les ONG professionnelles de l'urgence ont constaté au Kosovo l'arrivée massive de dons inadaptés aux réalités locales. Pour mémoire, Pharmaciens Sans Frontières avaient dû salarier une personne à plein temps pour réceptionner, trier et brûler les médicaments inutiles envoyés dans le cadre de l'aide d'urgence. Au Kosovo cette année, Handicap International a dû trier 5 camions de nourriture car les boites de conserve contenaient du porc, alors même qu'elles étaient destinées à une population largement musulmane.
De manière générale les donateurs présents au Kosovo ont fait preuve de beaucoup de bonne volonté mais disposaient de peu d'expériences pratiques. Les ONG professionnelles appellent donc à la prudence dans les interventions à venir et recommandent de laisser les structures professionnelles gérer les situations d'urgences.

2. Pristina "Foire de l'humanitaire"

Dans la continuité de l'idée développée précédemment "la foire de l'humanitaire" de Pristina a été largement stigmatisée. 70 Organisations Non Gouvernementales étaient présentes dans cette ville en juin. En juillet, il en arrivait 5 par jour. Cette présence massive et désordonnée d'associations entraîne un fort risque de confusion. Pour certaines structures, il s'agit avant tout de se "placer" sans connaissance particulière du contexte local, mais pour bénéficier des importants fonds disponibles sur le terrain.
Plusieurs participants à la réunion ont souligné l'importance d'inscrire son action dans les dispositifs qui se mettent en place. Un Etat va se créer au Kosovo, une administration devrait se reconstituer sous l'impulsion des Nations Unies. Un Projet santé devra par exemple obligatoirement chercher à s'inscrire dans la politique nationale de santé des autorités locales.

3. La faiblesse des partenariats

"On a décidé de faire pour les Kosovars, sans les Kosovars".
Cette remarque d'un participant reflète la façon dont ont été conduits la plupart des projets d'aide d'urgence au Kosovo (mais aussi à l'Albanie et/ou à la Macédoine). Dans le même temps, certains participants ont souligné la volonté d'ouverture des jeunes kosovars qui ne veulent pas être réduits à l'état de "population bénéficiaire de l'aide". Il y a un réel risque d'humiliation vis à vis d'une population qui s'organise depuis dix ans notamment grâce à la diaspora.
En Albanie, les projets ont été conçus sans prise en compte de la société civile albanaise qui s'est sentie abandonnée suite à l'arrêt des hostilités au Kosovo et au départ des ONG. La non prise en compte de partenaires locaux peut en partie s'expliquer par la difficulté à trouver un interlocuteur "fiable". Par exemple, des anciens membres de l'UCK se réclament d'une légitimité institutionnelle que ne leur reconnaît pas l'ONU.

La complexité de la situation locale justifie plusieurs recommandations :

  • Accepter de prendre le temps de trouver des partenaires fiables au sein des sociétés civiles locales.
    Plusieurs structures peuvent aider à l'identification de partenaires et de projets (voir fiche ci-jointe).
  • Prendre en compte les évolutions sur le terrain.
    Du fait de l'arrêt des bombardements de l'OTAN, on a assisté durant l'été à un retour massif des réfugiés kosovars. On doit donc envisager aujourd'hui les projets sous l'angle, non plus de l'aide d'urgence, mais de la réhabilitation aussi bien des infrastructures que des circuits d'approvisionnement et de distribution.
  • Penser au long terme : nombre de projets vont concerner la réhabilitation de petites infrastructures. Il est important, dès la conception du projet, de penser au fonctionnement de ces infrastructures, et à la prise en charge au niveau local d'une partie des coûts de ce fonctionnement.

4. Les questions qui restent en suspend

Plusieurs interrogations ont été soulevées au cours de la réunion, sans trouver de réponse immédiate.

A propos des partenaires locaux :
- Comment identifier un partenaire fiable ?
- Si des élections locales ne sont pas organisées immédiatement au Kosovo, avec qui travailler ?
- Comment nouer des relations dans le temps ?
- Quelle place donner aux minorités dans les projets ?
- Comment associer toutes les communautés à un projet afin de participer à la réconciliation nationale ?

A propos de la mise en place d'autorités locales :
- Comment articuler l'action des associations et celles des collectivités locales ?

A propos de la conception et de la mise en œuvre des projets de coopération
- Où trouver des informations sur les réalités locales : administration de l'ONU, système de santé, cadastre, droit foncier, etc...
- Existe-t-il des dispositifs financiers spécifiques ?
- Comment maintenir l'intérêt du public sur des zones non médiatiques où les conflits sont arrêtés ?

Synthèse des actions de coopération dans les pays de l'ex-Yougouslavie

Nombre d'organisations recensées : 36
- 20 associations
- 1 centre de formation
- 12 collectivités locales
- 1 entreprise
- 2 centres d'accueil de réfugiés

Nombre de projets conduits : 31

Zones géographiques :
- 11 projets en Albanie
- 16 projets au Kosovo
- 2 projets au Monténégro
- 2 projets en Macédoine

Remarque : seule l'association Handicap International souligne l'existence de programmes en République Fédérale de Yougoslavie.

Type d'Actions

Nombre

Accueil de réfugiés

3

Projets de coopération

10

Projets d'urgence

12

Aide logistique en France

1

Intérêt à s'insérer dans des actions

4

Mise en place d'un réseau

1

Total

31

Partenariat :
Sur 31 projets conduits sur le terrain, seules 4 organisations mentionnent des partenaires locaux.

Difficultés :
- A trouver des partenaires connaissant bien le terrain (AMD)
- Difficultés pour les communes de se retrouver dans les nombreux réseaux existants, les multiples sollicitations qui leur ont été faites par différents canaux. "Les communes sont perdues dans l'offre"
- A entrer en contact avec une communauté Kosovar
- Problèmes financiers
- Manque d'information quant aux besoins sur place
- Problèmes de communication avec le Ministère des Affaires étrangères
- Manque de concertation sur le terrain

Informations Kosovo

1. S'informer

Bulletins :
Lettre d'information sur la coopération décentralisée avec les pays d'Europe du Sud -Est. (deux numéros déjà parus : novembre et décembre 1999).
Pour se la procurer, contacter Karine l'Hostis, Cités Unies France, 01 53 41 81 81

Articles récents :

  • Michel Roux, Le Kosovo : dix clés pour comprendre, Paris, La Découverte, 1999, 127 p., 42 F
  • Bernard Ravenel, Une guerre de gauche ? Pour la paix à travers le droit, Villeurbanne, Editions Golias, 1999, 222 p., 98 F.
  • "Il est trop tôt pour appeler les Kosovars aux urnes", Diagonales Est-Ouest, n° 62, novembre-décembre 1999, p. 35-36
  • "Errements de la diplomatie française au Kosovo", Le Monde diplomatique, décembre 1999, p. 6-7.
  • "L'OSCE et le Kosovo", Le Monde, n°17094, 11 janvier 2000, p. 14-15, p. 18 (Conclusions des rapports de la division des droits de l'homme et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).
  • "Reconstruction des Balkans : la France, l'Europe s'engagent", Regards sans frontières, n° 12, décembre 1999, p. 5.

Sites internet :

2. Trouver des partenaires

  • Opération "Partner for Kosovo" :
    Association Solidarité Est-Ouest
    BP 5054
    69245 Lyon cedex 02
    Tel : 04 72 65 94 - Fax : 04 72 56 00 38
    Email :
    partnerforkosovo@voila.fr
     
  • Cités Unies France et le Comité Français pour la Solidarité Internationale (CFSI) lancent un programme de coopération sur le développement local en Albanie.
    Les collectivités locales intéressées à participer peuvent contacter :
    Karine L'hostis à Cités Unies France,
    9 rue Christiani
    75018 Paris
    Tel : 01 53 41 81 81

     
  • Echange scolaire : un partenaire en République fédérale de Yougoslavie
    Connecter les écoles entre elles et créer des partenariats pour une réhabilitation de la République Fédérale de Yougoslavie et pour l'éducation global : un projet pionnier pour les élèves entre 12 et 19 ans !
    Votre école serait-elle intéressée par des liens et des échanges avec une école de l'ancienne République de Yougoslavie pendant une période de deux ans ?
    Le but de ce programme est de faciliter le dialogue interculturel et la prévention des conflits. Il encourage les actions de solidarité et d'éducation (échanges, projets d'information utilisant les nouvelles technologies, liaison à des initiatives existantes, etc...).
    Contact : Muriel JULIEN au Centre Nord-Sud ou Hans LEVANDER, Président de Life-Link Friendship Schools programme,
    Uppsala Science Park,
    751 83 Uppsala, Suède.
    Tél. (46) 18 50 43 44 - Fax. (46) 18 50 85 03
    Email :
    friendship-schools@life-link.org

3. Financer son projet

Ministère des Affaires étrangères
Que vous soyez une association ou une collectivité locale, vous disposez d'un interlocuteur unique :
Mme Françoise Sellier
- Les collectivités locales sont éligibles au Fonds pour la reconstruction et le développement local dans les Balkans
- Les associations doivent remplir un dossier sur le cofinancement des projets associatifs de Solidarité internationale
Les demandes de cofinancement doivent être faites auprès de :
Madame Sellier
57 boulevard des invalides
75007 Paris
Tél : 01 53 69 38 44

Date: 
Lundi, 12 Juillet, 1999
Territoire: 
Kosovo