Le pourtour méditerranéen : Quels enjeux pour les collectivités locales ?

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Accueil : M. Watremez, Conseille municipal délégué à l'action internationale à la Ville de Romans.
 

• Première partie : La situation actuelle du pourtour méditerranéen

M. Pierre Judet, IREP-D, Université de Grenoble :

Nouveau contexte : La Conférence de Barcelone de novembre 1995 avait pour objectif de déterminer les lignes d'un nouveau partenariat Euro-méditerranéen. Ceci dans un contexte où l'on peut constater un retard de l'Europe par rapport aux réalités internationales et notamment face aux enjeux que représente le bassin méditerranéen.

Enjeux économiques : les regroupements régionaux de libre échange tels l'ALENA et l'ASEAN font fortement défaut en Europe qui offre ainsi une vulnérabilité à la concurrence internationale. Dans une perspective libérale, le bassin méditerranéen représente une importante zone d'échanges. Les partenaires français doivent le considérer comme une zone d'échange prioritaire dans un rapport paritaire et non plus comme un terrain de chasse réservée uniquement à la France.

Enjeu socio-culturel : une population jeune très importante à forte capacité d'emploi.
Le cas de la Tunisie illustre bien les enjeux actuels. Ce pays dynamique (essor de l'économie notamment dans le secteur agricole et touristique) connaît une croissance rapide qui en fait un partenaire fiable. Dans ce contexte, le développement local prend toute son importance, d'autant que la société civile est très contrôlée par un pouvoir central autoritaire.

• Deuxième partie : Identification des besoins, réponses apportées

Synthèse du paysage régional et national, RESACOOP et Cités Unies France (CUF) :

Pour les actions des collectivités locales en Rhône-Alpes, la synthèse a été établie à partir d'un questionnaire auquel a répondu la plupart des 16 collectivités de Rhône-Alpes engagées sur le pourtour méditerranéen. Ce point de vue est donc celui du Nord. Les résultats convergent avec ceux connus au niveau national présentés par CUF.

De ces enquêtes, il peut être tiré les éléments suivants :

  • Les motivations des collectivités françaises :

    • Volonté de devenir une référence en matière d'actions internationales ;

    • Volonté d'appuyer l'activité économique d'une ville par ses relations internationales ;

    • Prise de position politique/soutien à une cause, notamment dans le cas des coopérations avec la Palestine ;

    • Volonté de nourrir des liens historiques de longue date ;

    • Volonté d'associer les communautés d'immigrés à des projets de développement sur leurs régions d'origine.  

  • Les motivations des collectivités du Sud :

    • Renforcer la reconnaissance de la légitimité des collectivités locales au Sud ;

    • Avoir une ouverture sur les sociétés du Sud pour favoriser une meilleure compréhension de leur évolution ;

    • Traiter des problèmes des grandes agglomérations ;

    • Former les nouveaux élus ;

    • Dépasser le cadre formel et classique du jumelage.

  • Les caractéristiques des besoins des partenaires :

    • En général, la demande émane de la collectivité étrangère. La décision finale dépend souvent de la collectivité française car c'est le bailleur de fonds.

    • Importance des personnes relais sur place ;

    • Les liens se nouent :

      • au hasard des contacts entre élus,

      • missions CUF,

      • en fonction des opportunités (surtout économiques),

      • demande des communautés immigrées désirant travailler avec leur zone d'origine.

    • Les besoins se font ressentir dans quelques domaines précis :

      • Economiques (remise à niveau des entreprises dans la perspective d'une plus grande coopération européenne, demande des entreprises étrangères),

      • Techniques (gestion urbaine, formation des artisans...),

      • Institutionnels (gestion d'une municipalité, démocratie locale...).

  • L'approche choisie pour répondre aux besoins :

    • Un point de départ fréquent par audit ;

    • Décision commune d'entreprendre une action ;

    • Axes de coopération peuvent dépendre d'un accès facilité à des financements ou exigences des bailleurs (2 villes partenaires dans la zone méditerranéenne) ;

    • Coopération purement économique ;

    • Formation de cadres territoriaux ;

    • Constitution de réseaux de villes au Sud.  

  • Les difficultés à surmonter :

    • Changement de municipalité et manque de moyens financiers ;

    • Difficultés à intéresser les entreprises françaises ;

    • Transition entre jumelage classique et partenariats qui s'inscrivent dans le long terme ;

    • Relations difficiles entre les municipalités et les associations.

• Troisième partie : Dispositifs d'appui

Cités Unies France (CUF) et le pourtour méditerranéen - Mme Fatène Benhabylès, Chargée de mission Méditerranée :

Cités Unies France est présent, à travers les villes jumelées membres du réseau, dans les pays suivants : Maghreb, Liban, Turquie, Palestine, Israël.

  • Cadre idéologique de l'engagement de CUF sur cette zone :

    • Favoriser la conciliation et la paix ;

    • Apporter un appui au processus de décentralisation. Les villes du Sud sont très demandeuses d'une reconnaissance de leur légitimité et d'appui un mouvement vers la démocratisation.

  • Contexte favorable à un engagement :

    • Politique arabe volontariste de la France (soutien du Ministère des Affaires étrangères à la coopération décentralisée sur cette zone) ;

    • Nouvel élan de la politique méditerranéenne de l'UE suite à la conférence de Barcelone (mise en place du programme MEDA ) ;

    • Au niveau international, le Sommet Habitat d'Istanbul en 1995 a consacré le développement durable comme objectif pour les actions menées par les collectivités locales.  

  • Dans ce cadre, CUF poursuit deux grands axes de travail avec les collectivités :

    • Les liens Nord-Sud avec la mobilisation des acteurs et le conseil ainsi que l'organisation des "groupes-pays" ;

    • La constitution de réseaux de villes au Sud ; appui à la réalisation des réseaux et à l'émergence des acteurs.  

Entreprises et Développement - M. Henri Nicolas, Chef de projet :

Le réseau Entreprise et Développement s'est constitué avec l'ADECI (l'Association régionale de développement et de coopération industrielle internationale) de la Région PACA au départ, puis se sont ajoutés d'autres organismes régionaux de coopération (Champagne-Ardennes, Aquitaine, Loire Atlantique...).

  • Objectif principal : promouvoir la coopération industrielle et le partenariat à travers une mise en relation entre PME/PMI françaises et leurs homologues étrangers. Aujourd'hui, cet objectif se traduit par la mise en place d'un programme "100 projets de partenariat pour l'Afrique et la Méditerranée". 

  • Contenu du programme :accompagner les PME/PMI dans leur partenariat.

  • Double approche :

    • transfert de technologie

    • investissements conjoints dans les pays du Sud (avec la Caisse française de Développement (CFD)).  

  • Financement : Ministère de la Coopération, Ministère des Affaires étrangères, Ministère de l'Agriculture, Ministère de l'Industrie, CFD, CDI (Crédits déconcentrés d'intervention).

  • Critères d'éligibilité : être une PMI autonome dans ses décisions.

  • Bilan intermédiaire : une soixantaine de projets sur le Maghreb.

 Migrations et Développement - M. Lahoussain Jamal, Directeur :

Suite à une reconversion industrielle, cette association a été créée il y a dix ans avec pour objet d'accompagner les immigrés au chômage dans leurs projets de développement. Cet accompagnement se fait dans un souci de faciliter le retour dans leur pays d'origine. Le travail se fait avec une logique de développement local, en partenariat avec des villageois dans les pays d'origine.

  • Exemple : mise en place d'un système d'électrification privé qui a permis la création d'un fonds pour financer d'autres projets.

  • Financement : Union européenne, Ministère de la Coopération.

  • Difficultés : Mise en relation entre les communes de l'Europe et du Maghreb. Trouver des communes " équivalentes " que ce soit au niveau démographique, économique, socio-culturel... reste difficile. Peu de petites communes souhaitent s'investir dans ce type de projet. Les grandes communes en revanche sont en décalage par rapport aux problèmes pouvant toucher les communes de petite taille ;

  • Le changement de majorité peut induire l'arrêt d'un projet ;
    De ce fait, il est important d'avoir une forte implication des immigrés pour faire perdurer un projet et maintenir les liens avec la population locale.

  • La notion de retour au pays peut poser un problème psychologique dans le fait de renouer des liens avec un pays, une société dont on a été longtemps absent.

 Mission pour le développement des échanges méditerranéens (MDEM) - Mme Elisabeth Hugon, Chargée de mission :

Mission interministérielle, la MDEM est un GIE qui a pour but d'accompagner les échanges (écoles, associations, artistiques) entre la France et le pourtour méditerranéen. La mission fonctionne autour de deux principes :

  • Une meilleure connaissance réciproque ;

  • Un rapprochement des diverses communautés de la France

  • L'accompagnement se fait dans plusieurs domaines :

    • Passer d'une idée à un projet ;

    • Rechercher un financement ;

    • Donner un sens au projet ;

    • Evaluer un projet ;

    • Mettre en réseau.  

  • Difficultés :

    • Arriver à une réelle réciprocité ;

    • La mise en oeuvre concrète des échanges (obtention de visas par exemple).  

  • Relations avec les collectivités locales :

    • soit la collectivité a déjà mis en place un projet et se tourne vers la MDEM pour un appui dans la mise en place de relations plus rapprochées avec le milieu associatif ;

    • soit les collectivités travaillent avec la MDEM dans le but de redonner un sens à leurs jumelages.  

• Conclusion

Plusieurs points ressortent de ces présentations :

  • Qu'est ce qu'on appelle le pourtour méditerranéen ? Il est trop souvent limité au bassin occidental, au détriment du bassin oriental.

  • Les cadres de coopération existent : cadres européen, national, dispositifs financiers.

  • Cette zone géographique implique un réel partenariat plutôt qu'une coopération classique. Le contexte global se traduit par le désire des collectivités locales du pourtour méditerranéen d'être reconnues, surtout au niveau institutionnel.
    Dans ce contexte, la dimension économique est importante mais non exclusive. Cependant, il reste vrai qu'on peut difficilement l'exclure dans une coopération sur cette zone.

  • RESACOOP existe pour suivre les nouveaux projets.

 Coopération décentralisée en Algérie :

Les actions menées avec l'association algérienne, Touiza, montrent que la coopération décentralisée peut fonctionner avec l'Algérie.
Dans le cadre du programme européen Medurbs, la Touiza accompagne techniquement deux collectivités locales algériennes, Boghni et Cheraga, en partenariat avec la commune de Belfort et le Conseil Général des Bouches du Rhône. Cette coopération porte sur l'appui à la dynamique économique et aux micro-réalisations par l'accueil de porteurs de projets dans deux pépinières d'entreprises.
Ce partenariat s'élargit à la formation de jeunes chefs d'entreprises algériens en France, chez des professionnels français à Marseille et à Créteil.
Une autre expérience de coopération est établie entre la Touiza, l'association Service Civil international et la commune de Bourges. Depuis quatre ans, des animateurs algériens viennent chaque été faire des animations auprès des jeunes issus de l'émigration.

Date: 
Mercredi, 4 Décembre, 1996
Territoire: 
Pourtour méditerranéen