Le Sénégal

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La première réunion de RESACOOP s'est tenue le jeudi 30 mars 1995 dans les locaux de l'Hôtel du Département de Savoie à Chambéry.
Sur les 15 collectivités locales de Rhône-Alpes qui conduisent des actions de coopération décentralisée au Sénégal, 10 étaient présentes et ont pu ainsi échanger leurs diverses expériences.

L'après-midi s'est déroulé en deux temps :

  • La première partie a été consacrée aux pratiques des collectivités locales.
    4 points ont été abordés :

la forme des relations entre partenaires : naissance de la relation, nature juridique
le mode de financement des projets
l'information et la mobilisation des citoyens français autour des projets
la mobilisation des compétences

  • La deuxième partie, plus " politique ", visait à présenter les politiques de développement menées au Sénégal et à voir comment les collectivités s'inscrivent dans ces politiques : des interventions de l'ambassade du Sénégal à Paris et de Cités Unies France (Le Ministère de la Coopération étant excusé) ont précédé un débat sur les orientations possibles de l'action des collectivités locales de Rhône-Alpes au Sénégal.

Mr GRAUGNARD, Directeur du CIEDEL et Chef de projet RESACOOP a clos la journée en présentant une synthèse et en avançant quelques propositions de suite à donner à la réunion par RESACOOP.

• Première partie : les pratiques des collectivités locales de Rhône-Alpes au Sénégal

L'idée de cette première partie était bien d'avoir une séance de travail à partir des pratiques de quelques collectivités. Un bref témoignage a donc précédé chaque point de débat. Autrement dit chacun a évité de décrire son projet mais a exposé la manière dont il travaillait.

Nature des relations entre les partenaires :

Après une brève introduction par Mr FRESSOZ de Savoie Solidaire, chacun a exposé la nature du lien juridique institué entre sa collectivité et son partenaire sénégalais. Une grande diversité de situations a été présentée.

Le choix des partenaires peut avoir différentes origines :

  • la géographie, comme dans le cas de la ville de Saint Pierre de Boeuf qui cherchait un partenaire qui comme elle soit installé au bord d'un fleuve,
  • le souci de travailler de manière cohérente sur une zone à partir d'une région française,
  • la sollicitation d'une association d'immigrés présente sur le territoire de la collectivité locale.

La nature juridique de la relation est très variée :
On constate :

  • une absence pure et simple de convention,
  • une charte,
  • un jumelage-coopération,
  • une convention, établie ponctuellement ou pluriannuellement.

A la question posée de savoir quels avantages ou inconvénients les uns et les autres retirent de la signature ou non d'une convention une réponse unanime est apportée :

Si la signature d'une convention n'est pas un critère obligé, les participants insistent sur le fait qu'elle garantit un engagement dans la durée autour d'objectifs précis. En outre elle permet ainsi à la collectivité qui s'engage officiellement, même si c'est un opérateur différent qui réalise le projet, de se faire connaître et d'entretenir des relations avec les pouvoirs publics locaux et nationaux sénégalais.

En conclusion de ce premier point, les représentants de l'Ambassade du Sénégal estiment que la formule la meilleure est celle qui permet le plus de souplesse.
L'expérience de décentralisation actuellement en cours au Sénégal révèle certaines difficultés des Communautés rurales dues à un manque de formation des élus.
L'instauration de relations contractuelles avec des collectivités locales françaises ne peut que contribuer positivement à renforcer cette institutionnalisation.
 

Mode de financement des projets :

Chaque collectivité ayant exposé sa pratique de financement des projets, on constate à nouveau une grande diversité de situations.

  • Les volumes financiers varient entre 10 000 francs et 1,5 millions de francs. Ils dépendent bien sûr de la taille de la collectivité locale mais aussi de sa capacité à mobiliser des cofinancements ou de la volonté politique des élus. 
  • Certaines collectivités locales réfléchissent désormais au mode de transfert des ressources et notamment à comment mettre en place des montages financiers permettant de mobiliser l'épargne locale du pays partenaire.

Il ressort du débat que l'apport financier de la collectivité locale française ne doit pas faire obstacle ou éviter les efforts indispensables des Communautés rurales pour la collecte de la taxe rurale.
De même, l'apport financier de la France doit être ajustée aux capacités d'absorption de la collectivité sénégalaise.
L'argent qui arrive du Nord doit être intégré par la collectivité du Sud et investit dans son programme communal.
Cet argent peut en outre servir de levier pour permettre à la collectivité locale sénégalaise d'avoir accès à des financements nationaux et internationaux.
 

L'information et la mobilisation des citoyens français :

Les collectivités locales cherchent dans la mesure du possible à informer les citoyens des actions entreprises.
Cette information se fait par la presse, des émissions radios, les bulletins municipaux.
S'il est assez facile de faire connaître les projets, il s'avère plus difficile de mobiliser la population.
Des publics ciblés sont plus facilement atteints et notamment les scolaires : la plupart des collectivités s'accordent cependant pour dire, sans se l'expliquer pour autant, que les échanges scolaires fonctionnent difficilement.
Dans l'idéal, il faudrait pouvoir mesurer le degré d'efficacité de la circulation de l'information et en évaluer le coût, démarche que personne n'a apparement réalisé pour l'instant.
 

Mobilisation des compétences :

Le débat sur ce point a surtout mis en évidence la nécessité pour les collectivités locales françaises d'apporter un appui à leurs partenaires dans les domaines relevant de leurs champs de compétence : planification locale, assainissement, voirie, ...domaines dans lesquels la coopération bilatérale n'a que peu ou pas d'expérience. Dans le cas où les services locaux sénégalais ne sont pas en mesure de réaliser les projets et où ils font appel à leur partenaire français, la collectivité devrait en priorité mobiliser ses propres services techniques.
Les participants s'accordent cependant à dire que l'apport de professionnels de la coopération reste indispensable, et que la présence d'un correspondant sur place chargé du suivi des projets est un plus pour ces actions de coopération décentralisée.

• Deuxième partie

La deuxième partie de la réunion a vu plusieurs interventions :

Monsieur Al Hassane TOURE, Conseiller culturel, a exprimé au nom de son Excellence l'Ambassadeur du Sénégal qui a vivement regretté de ne pouvoir participer, les remerciements du gouvernement sénégalais pour cette initiative.
Il a ensuite souligné que la coopération décentralisée, nouvelle forme de la solidarité, est désormais un élément complémentaire et dynamique de la coopération.
Cette réunion devra constituer le point de départs de multiples actions.
Mr TOURE a enfin exprimé le souhait d'un suivi des relations avec RESACOOP qui pourrait assurer le relais avec l'Ambassade du Sénégal.

Monsieur Benoît SARR, Conseiller à l'Ambassade a ensuite présenté le bilan de la dernière Commission mixte franco-sénégalaise tenue à Paris en janvier 1995.

Il a présenté les orientations stratégiques du gouvernement sénégalais pour la période à venir et dressé l'inventaire des politiques sectorielles dans les domaines de :
l'agriculture, l'industrie, la pêche, le tourisme, les services, les transports, l'hydraulique urbaine et rurale, l'assainissement, la santé.

Dans le domaine institutionnel, il souligne que la tendance actuelle est à la déconcentration.
La mise en place des communautés rurales s'est accompagnée de la délégation à leurs présidents de charges et ressources relevant jusqu'alors de l'Etat.

Monsieur Benoît SARR insiste en conclusion sur trois points :

 

  • La difficulté actuelle réside dans la perception de la principale ressource des communautés rurales qui est la Taxe rurale. 
  • Toutes les Communautés rurales disposent de plans locaux de développement élaborés par la population avec l'aide des services de l'Etat. Il serait souhaitable que les projets de coopération décentralisée s'inscrivent dans le cadre de ces plans. 
  • Enfin, il serait également souhaitable qu'une harmonisation existe entre les différents acteurs agissant sur une même zone.  

Monsieur CHEVALLIER présente rapidement Cités Unies France aux collectivités locales présentes.

Monsieur WIT, chargé de mission Afrique de l'Ouest à Cités Unies France, développe pour sa part les différents apports de CUF en faveur des collectivités locales.

Cités Unies France permet :

  • la recherche de cohérence par pays, grâce au fonctionnement des groupes pays. A noter que la présidence du groupe Sénégal est assurée par Mme Annick TAROT, adjointe au maire de la Roche sur Yon,
  • l'appui au montage de projet,
  • l'appui au développement institutionnel,
  • la formation.  

Sur ce dernier point, Mr WIT informe les participants que d'ici à la fin 95, trois stages seront organisés pour les collectivités locales :

  • sur l'évaluation
  • sur la communication (il devrait avoir lieu à Chambéry),
  • sur la mise en réseau.  

En conclusion, proposition est faite à RESACOOP de monter en commun des sessions de formation dans le cours de 2nd semestre.

Pour conclure la journée, l'animateur des débats Monsieur Bernard HUSSON soumet au débat la réflexion suivante :

L'action des collectivités locales françaises au Sénégal ne devrait-elle pas s'articuler autour des trois domaines suivants ?

 

  • L'appui et le soutien des collectivités locales en voie d'émergence ou en train de se renforcer en leur faisant partager leur propre expérience de la gestion de programmes dans le temps.
  • La gestion d'ordre collectif dans trois domaines :

l'organisation municipale
la mise en place et le développement des services urbains
l'arbitrages entre diverses options ou choix d'équipements qui sont proposés aux collectivités locales

  • La formation des élus locaux.
     

Autrement dit, il s'agirait plus d'un appui à la structuration municipale que d'une substitution à l'action des autres acteurs de la coopération (coopération bilatérale, ONG).

En réponse à cette interrogation posée par Monsieur HUSSONMr SARR de l'Ambassade fait remarquer que précisément la formation des élus est un besoin réel exprimé par les élus locaux sénégalais.  

Cependant, au terme du débat on constate qu'il y a encore loin entre l'idée et le fait :

 

  • d'une part il s'avère plus facile de cofinancer des projets "en dur" que de l'immatériel. 
  • d'autre part il faut gérer les problèmes de temps : même si on souhaite orienter différemment cette coopération décentralisée, le souci de respecter la volonté des populations locales conduit parfois à retarder ces évolutions.

• Conclusion

Mr Gilbert GRAUGNARD, Directeur du CIEDEL, Chef du Projet RESACOOP, conclut la réunion.
Après avoir reprécisé les diverses fonctions de RESACOOP, il souligne que les éléments apportés par les divers intervenants mettent en évidence quatre points :
 

  • Les démarches ont tendance à évoluer d'une première réponse ponctuelle vers des engagements plus durables avec une stratégie d'intervention cohérente. Ainsi par exemple la comparaison et l'évolution convergente entre les actions de coopération décentralisées des départements de la Savoie et de l'Aube.
  • L'ampleur des besoins conduit les collectivités soit à étaler leurs actions dans le temps (logique de jumelage ), soit à délimiter le champs d'action (logique du "contrat").
  • Les relations entre les structures impliquées et notamment avec les associations et l'Etat sénégalais ne sont pas toujours fixées avec précision.
  • Les relations ne sont pas toutes à la même échelle. En conséquence les démarches actuelles et les attentes ne sont pas du même ordre.

Il présente ensuite quatre pistes de travail sur lesquelles, à partir de cette réunion, une suite pourrait être donnée :

  • La mobilisation de l'épargne et des potentialités de financement local du développement.
  • Les modalités de la mise en place et du recouvrement des crédits locaux.
  • La mobilisation des citoyens : méthodes, mesure des impacts des mobilisations, recherche des thèmes porteurs, évaluation des coûts de la mobilisation.
  • La réflexion et la formation au développement local.
Date: 
Jeudi, 30 Mars, 1995
Territoire: 
Sénégal