Julieta, de la Patagonie à la France : une jeune qui tisse des ponts entre les montagnes, les cultures et les générations

Publié le 24/04/2026

Cet article s'inscrit dans un dossier consacré au volontariat international et aux engagements des jeunes de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le volontariat international constitue un levier majeur pour favoriser l'ouverture au monde, renforcer les compétences des jeunes et soutenir des projets de solidarité à l'international. À travers leurs missions, ces volontaires contribuent concrètement à des dynamiques de coopération, en s'engageant aux côtés d'acteurs locaux sur des enjeux tels que l'éducation, l'environnement, la santé ou encore l'égalité des genres.

Julieta en visite dans les locaux de RESACOOP.

Il suffit d'échanger quelques minutes avec Julieta pour que le paysage dont elle vient apparaisse avec netteté. Dans sa manière de raconter son enfance, il y a la montagne, le lac, les treks, le ski, les campements et cette relation presque organique à la nature qui ne s'apprend pas dans les livres : elle se vit. Elle a 21 ans, elle est née à Bariloche « parce qu'il n'y avait pas d'hôpital » à Villa La Angostura, le village de Patagonie argentine où elle a grandi. Depuis, son parcours semble guidé par un même fil conducteur : le mouvement, l'engagement envers les autres et une curiosité constante d'apprendre.

Aujourd'hui, cette trajectoire l'a menée de l'autre côté de l'Atlantique. En France, Julieta participe à la deuxième phase du projet de coopération internationale « Des montagnes et des lacs », qui relie son territoire d'origine à trois communautés alpines d'Isère : l'Oisans, Chamrousse et la Matheysine. Son rôle est loin d'être anecdotique : elle accompagne des actions de sensibilisation, travaille avec des jeunes dans des établissements scolaires, favorise les échanges culturels et contribue à renforcer les liens entre deux territoires éloignés géographiquement, mais confrontés à des défis communs.

Sa présence dans le projet incarne, d'une certaine manière, une idée simple et puissante : la coopération internationale ne se construit pas seulement à travers des institutions, des diagnostics ou des financements, mais aussi à travers des visages, des voix et des histoires concrètes. Des histoires de jeunes comme elle, qui aiment leur territoire, s'y engagent et sont prêts à mettre leur vie « entre parenthèses » pour partager avec le monde une part de leurs réalités et contribuer à construire un projet commun.

Julieta a grandi à Villa La Angostura, une commune de Patagonie d'environ 18 000 habitants. Son enfance a été marquée par les activités de plein air, l'escalade, la navigation et la vie au contact de la montagne. Très jeune, elle a travaillé avec des enfants : elle a été baby-sitter et monitrice de ski. Cette dimension sociale du travail, explique-t-elle, a toujours fait partie de sa vie.

En parallèle, elle a développé un autre univers, en apparence différent mais profondément complémentaire : le théâtre. Dès l'âge de 11 ans, elle commence à jouer, puis, après le lycée, elle s'installe à Buenos Aires pour suivre des études d'art dramatique.

Le changement est radical. Elle passe d'un village de Patagonie à une grande métropole latino-américaine, seule, à seulement 17 ans. Pourtant, il ne s'agit pas d'une rupture. Dans son récit, la Patagonie reste le point d'ancrage. Chaque hiver, chaque été, elle y retourne. « Dès que je peux, je m'échappe et j'y vais », raconte-t-elle. Étudier le théâtre en ville et revenir à la montagne ne sont pas des trajectoires opposées, mais deux manières de se construire.

L'opportunité de venir en France s'est présentée à travers un appel à candidatures relayé par un réseau proche de son territoire. C'est son père qui lui a parlé du projet. Julieta a envoyé son CV et une lettre de motivation, avant d'être rapidement convoquée à un entretien en ligne avec des représentants français et des acteurs des territoires partenaires.

On lui a demandé qui elle était, quel lien elle entretenait avec son territoire, ce qu'elle pouvait apporter, et on a même évalué son niveau d'anglais pour mesurer sa capacité d'adaptation dans un contexte international, puisqu'elle ne parlait pas français. Quelques jours plus tard, la réponse tombe : elle est sélectionnée.

Elle n'a pas hésité. Même si cela signifiait mettre ses études en pause, elle a senti que cette expérience devait être vécue pleinement. Ce qui la motive : contribuer au développement de son territoire avec une approche plus écologique, apprendre d'une autre culture et participer à un échange concret et utile.

« Traverser la planète pour apprendre énormément de choses », résume-t-elle. Et il ne s'agit pas seulement de langue ou de coutumes, mais aussi de nouvelles façons d'habiter un territoire, de gérer les ressources, de penser la durabilité ou encore d'organiser des pratiques collectives comme le compostage.

Depuis son arrivée, Julieta vit une immersion culturelle intense. Elle partage son quotidien avec une Française et une Colombienne, dans un environnement où les repas, les discussions et les habitudes deviennent autant d'espaces d'échange.

Ce qui l'a le plus marquée, dit-elle, c'est à quel point les cultures peuvent être à la fois proches et différentes. Certains gestes qui lui semblent évidents — comme boire du maté dans un parc — suscitent ici la curiosité. D'autres éléments, comme la place de la gastronomie, l'étonnent.

Mais au-delà de ces différences, une conviction s'impose : comprendre comment vivent les autres transforme notre manière de voir le monde. Et cette transformation nourrit directement son engagement.

Car Julieta n'est pas en France pour observer : elle est là pour agir, relier et transmettre.

Dans le cadre du projet, Julieta joue un rôle à plusieurs niveaux. Elle est à la fois un pont humain entre les deux territoires — apportant son expérience patagonienne, sa connaissance du milieu et sa compréhension des enjeux locaux — et une actrice de terrain en France, notamment auprès des jeunes.

Elle intervient dans des collèges et lycées à travers des activités de sensibilisation sur le territoire, la culture argentine et les liens entre les deux régions. Les premières expériences ont été très positives : les élèves se sont montrés curieux, posant des questions sur la vie en Patagonie, le ski, la nourriture ou les paysages. Ils ont goûté le maté, demandé des recettes, pris des photos, et certains sont même venus la saluer dans la rue quelques jours plus tard.

Le projet entre désormais dans une nouvelle phase : créer des échanges directs entre élèves français et argentins, à travers des visioconférences et des activités communes. L'objectif est de permettre aux jeunes de mieux connaître leur territoire, de s'y identifier et de devenir, comme elle le dit, de véritables « ambassadeurs » de leur lieu de vie.

Dans le discours de Julieta, une idée revient constamment : les jeunes ne sont pas seulement le futur, ils sont déjà le présent des territoires. Ce sont eux qui les habitent, les font vivre, les transforment ou les quittent.

Dans des communes comme Villa La Angostura, il est courant que les jeunes partent après le lycée, faute d'opportunités. Mais ce départ coexiste avec un fort attachement au territoire. C'est précisément là que réside la force du projet : montrer que ces territoires, même isolés ou de petite taille, ont un avenir, à condition que leurs habitants — et en particulier les jeunes — puissent s'y projeter.

En France, Julieta intervient sur les territoires de l'Oisans, de Chamrousse et de la Matheysine, trois zones de montagne proches de Grenoble. Bien qu'ils partagent des paysages similaires et une forte tradition touristique, ils font face à des enjeux spécifiques.

Contrairement à la Patagonie, où la population augmente, ces territoires connaissent souvent une diminution du nombre d'habitants, notamment des jeunes, ainsi qu'un coût du logement élevé et une forte pression liée aux locations touristiques.

S'y ajoutent des défis structurels propres aux territoires de montagne : dépendance au tourisme saisonnier, adaptation au changement climatique — notamment pour les stations de ski — et nécessité de repenser des modèles de développement plus durables.

Pour Julieta, cette opposition donne tout son sens à la coopération : « Les deux ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Ce sont comme des miroirs. »

Au cœur de cette expérience, Julieta continue d'apprendre et de se confronter à de nouveaux défis. L'un des plus importants sera d'animer des activités entièrement en français avec des groupes qui ne parlent pas espagnol. Un défi linguistique, pédagogique et personnel.

Mais aussi, sans doute, la meilleure illustration de son parcours : celui d'une jeune femme patagonienne qui, forte de son histoire, de sa sensibilité et de son engagement, s'adresse aujourd'hui à des jeunes français pour parler de territoire, de culture, d'échange et d'avenir.

Dans un contexte où la coopération internationale peut sembler abstraite, Julieta lui donne un visage concret : celui d'une jeunesse engagée, en mouvement, qui apprend, partage et construit des ponts entre les mondes.

Cette mission prend une résonance particulière alors que 2026 a été proclamée Année Internationale des Volontaires (IVY26) au service du développement durable par les Nations Unies afin de reconnaître et valoriser l'engagement des volontaires dans la transformation sociale.

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