Publié le 10/09/2026
Les crises internationales rappellent chaque jour la nécessité de coopérer au-delà des frontières. Pourtant, au moment même où collectivités, associations, réseaux et citoyens cherchent à construire des réponses communes, les moyens consacrés à la coopération et à la solidarité internationale connaissent de fortes tensions. Les échanges organisés lors de La Fabrique de la diplomatie, les 4 et 5 septembre à Paris, ont permis de mettre en lumière cette contradiction, mais aussi de rappeler ce que ces coopérations produisent concrètement dans nos territoires.

Organisée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, La Fabrique de la diplomatie a réuni pendant deux jours de nombreux acteurs qui contribuent, à différentes échelles, à l’action internationale de la France.
Collectivités territoriales, associations, réseaux, opérateurs, chercheurs, entreprises, jeunes ou volontaires : plusieurs acteurs membres ou partenaires de RESACOOP ont participé aux temps d’échanges. L’occasion de mettre en lumière leurs expériences et leurs regards sur les transformations actuelles de la coopération internationale.
Comment maintenir des partenariats lorsque les crises bouleversent durablement les territoires ?
Comment traduire de grands enjeux internationaux en réponses adaptées aux réalités locales ?
Comment créer des liens durables entre les populations ?
Les échanges consacrés à l’action des collectivités en temps de crise ont notamment rappelé l’importance du temps long. À partir de plusieurs expériences menées dans des contextes de guerre ou d’instabilité, le Groupe URD a montré que les coopérations peuvent contribuer à maintenir des relations entre acteurs et territoires, y compris lorsque les partenariats sont fortement perturbés.
Une dimension qui dépasse la seule question des financements. Comme l’a résumé François GRÜNEWALD, président honoraire du Groupe URD, à propos de certaines de ces coopérations : « ce n’est pas tant l’argent que la solidarité et l’échange des expériences. »
Cette logique de coopération se retrouve également face aux grands défis sanitaires et environnementaux. Lors d’une table ronde consacrée à l’approche One Health, qui considère comme interdépendantes la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes, Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) a notamment partagé son expérience auprès de communautés rurales. Des actions d’abord centrées sur la santé humaine et animale ont progressivement conduit à penser plus largement la « santé d’un territoire », en laissant aux communautés la possibilité d’identifier leurs propres priorités : assainissement, accès à l’eau, vaccination animale ou encore prévention.
Enfin, les échanges consacrés à la jeunesse ont rappelé que la coopération se construit aussi par les rencontres entre les sociétés. Les dispositifs de volontariat international permettent à des jeunes de participer à des missions d’intérêt général, mais également de créer des passerelles entre populations. Une logique qui repose aussi sur la réciprocité, avec la possibilité pour des jeunes des pays partenaires de réaliser à leur tour des missions en France.
Des expériences différentes, mais qui dessinent une même conception de la coopération : des relations construites dans le temps, au plus près des territoires et fondées sur l’échange plutôt que sur une relation à sens unique.
Ces échanges sur la capacité des territoires à agir dans la durée ont également fait émerger une autre préoccupation : celle des moyens permettant à ces coopérations de se structurer et de perdurer.
Mais derrière ce montant global, les crédits budgétaires directement consacrés à cette politique connaissent depuis plusieurs années une forte contraction.
Selon Coordination SUD, le budget français de l’APD a diminué de plus de 2 milliards d’euros en deux ans et le montant cumulé des coupes budgétaires intervenues en 2024, 2025 et 2026 dépasse désormais 3 milliards d’euros.
Cette contraction touche directement plusieurs dispositifs qui permettent aux acteurs de la société civile et des territoires d’agir : entre 2024 et 2026, les autorisations d’engagement consacrées au volontariat ont par exemple diminué de 38 %, tandis que celles du dispositif I-OSC de l’AFD ont reculé de 66 %.
Au-delà des chiffres, ces réductions fragilisent un écosystème composé d’associations, de collectivités territoriales, de réseaux, de volontaires et de structures d’accompagnement, dont les partenariats et les compétences se construisent souvent sur plusieurs années.
La Conférence inter-régionale des Réseaux Régionaux Multi-Acteurs (CIRRMA) indique avoir appris l’intention du cabinet du Premier ministre d’annuler les crédits affectés par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères aux RRMA, malgré la convention triennale signée en avril 2026.
Les 16 RRMA constituent pourtant depuis plus de vingt ans des espaces d’information, de mise en réseau et d’accompagnement des acteurs engagés à l’international dans les territoires français.
En 2025, ils ont ainsi référencé plus de 13 000 acteurs — associations, collectivités, établissements, entreprises et autres structures — et accompagné plus de 1 300 structures dans leurs démarches et projets.
Au-delà du financement des réseaux eux-mêmes, c’est donc la capacité à maintenir ce maillage territorial que la CIRRMA souhaite aujourd’hui préserver.
Car la coopération internationale ne constitue pas une politique « hors-sol ».
L’APD désigne les ressources publiques consacrées au développement économique et à l’amélioration des conditions de vie dans les pays éligibles à l’aide internationale.
Elle permet notamment de soutenir des actions dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’accès à l’eau, de l’environnement, de la lutte contre les inégalités ou encore de l’aide humanitaire.
En France, l’APD ne repose pas sur un seul acteur. Elle mobilise notamment l’État et ses opérateurs, les collectivités territoriales et les organisations de la société civile, à travers différents dispositifs de financement et de coopération.
12,9 Mds € — montant de l’APD française en 2025
0,42 % du RNB — part du revenu national brut consacrée à l’APD en 2025Derrière ces chiffres, l’APD recouvre une grande diversité de coopérations et de partenariats, dont certains se construisent sur plusieurs années. Leur fragilisation pose donc aussi la question du maintien des compétences, des réseaux et des relations développés dans la durée.
Pour aller plus loin
→ Coordination SUD : Que reste-t-il de l’aide publique au développement ?
→ Focus 2030 : Les coupes dans l’aide au développement de la France pourraient causer 3,5 millions de morts d’ici 2030

Les expériences partagées lors de La Fabrique de la diplomatie l’ont également montré : transition écologique, santé, agriculture, éducation, mobilité, jeunesse, culture ou encore cohésion sociale sont autant de sujets sur lesquels des territoires situés dans différentes régions du monde peuvent confronter leurs expériences et construire des réponses communes.
Les apprentissages circulent également dans les deux sens. Les territoires français peuvent eux aussi apprendre des pratiques, innovations et expériences développées par leurs partenaires.
Face aux incertitudes actuelles, les RRMA ont donc publié une lettre ouverte au Premier ministre, demandant la sécurisation des crédits qui leur sont dédiés pour 2026 et appelant à préserver ces moyens en 2027.
L’alerte portée par les RRMA s’inscrit dans une mobilisation plus large du secteur de la coopération et de la solidarité internationale.
Coordination SUD, plateforme nationale des ONG françaises de solidarité internationale, alerte depuis plusieurs mois sur les conséquences des réductions successives de l’APD et mène un travail de plaidoyer autour du projet de loi de finances.
Avec l’ouverture de la séquence consacrée au budget 2027, l’organisation appelle notamment à mobiliser les collectivités territoriales, les parlementaires et les médias dans les régions.
Associations, collectivités et réseaux se retrouvent ainsi confrontés à une question commune : comment préserver dans la durée les capacités d’action et les partenariats construits au fil des années ?
Une interrogation particulièrement importante lorsqu’il s’agit de coopération internationale. Comme l’a résumé Nizar Yaiche, Directeur de Lianes Coopération lors des échanges à La Fabrique de la diplomatie :
« Arrêter une coopération, ça prend cinq minutes ; reconstruire, ça prend quinze ans. »
Les tensions actuelles posent enfin un autre défi aux acteurs de la coopération internationale : celui de mieux rendre compte de ce qu’ils font et de ce que leurs actions produisent.
Cette question a traversé plusieurs échanges à La Fabrique de la diplomatie.
Les études d’opinion présentées lors d’une table ronde consacrée à l’APD montrent notamment que les citoyens connaissent encore mal cette politique et ses réalisations. Leur soutien dépend aussi de leur capacité à comprendre ce qui est fait, pourquoi, avec quels résultats et pour quels effets concrets.
Pour les acteurs de la coopération, il ne suffit donc plus seulement d’agir. Il faut également parvenir à rendre les résultats plus visibles et plus tangibles.
Accès à l’eau, santé, éducation, lutte contre les changements climatiques, partage de compétences, innovation, engagement des jeunes, ouverture interculturelle ou enrichissement des politiques publiques : les coopérations internationales produisent des effets dans les territoires partenaires, mais également en France.
Mieux documenter ces effets, raconter les expériences et donner la parole à ceux qui font vivre ces partenariats constitue ainsi un enjeu de compréhension, mais aussi de reconnaissance de leur utilité.
Des liens qui demandent du temps pour se construire — et dont la valeur mérite aujourd’hui d’être mieux connue.
Le groupement d’intérêt public RESACOOP est le réseau Auvergne-Rhône-Alpes d’appui à la coopération et à la solidarité internationale. Ses activités s’articulent autour de ses 5 missions principales : Observatoire, information, accompagnement, mise en réseau et éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale.
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